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EN DIRECT DE MERTVECGOROD, NEWSLETTER-JOURNAL, TROISIÈME ÉPISODE : 21 NOVEMBRE – 20 DÉCEMBRE 2025
21 novembre
Mon crâne produit des pellicules à la tonne, mon front et mon nez ont la pelade, à ce stade d’onychophagie on devrait plutôt parler d’auto-cannibalisme et mes mollets se couvrent d’un eczéma que je gratte jusqu’au sang à l’aide d’un cure-dent (ben oui, puisque je n’ai plus d’ongles) : aucun doute, la nouvelle que je dois rendre dans trois semaines progresse à grands pas.
Une vue de la Ssaki, à l'extrême sud-est de Mertvecgorod
22 novembre
Il y a quelques jours, à la médiathèque du Grau-du-Roi, rencontre passionnante avec Fabrice Capizzano, animée par l’excellent Philippe Béranger. Beaucoup de plaisir pris à cet échange, plaisir partagé par le public si on en croit leurs réactions. Et inévitablement, vu ce qu’écrit le Capizz’ et vu ce que moi j’écris, la question des littératures de genre vs. la littérature générale est venue sur le tapis. Nos réponses respectives, pas si éloignées l’une de l’autre, ont mis en branle quelques réflexions que je livre ici.
Au bout du compte, je crois que la distinction entre littérature de genre et littérature générale est inopérante. Ça n’est pas à cet endroit que se place la séparation entre les différentes manières de fabriquer de la fiction.
Si par « genre » on entend un ensemble de conventions esthétiques et narratives, ainsi qu’un territoire émotionnel bien défini par ces conventions, alors chaque livre relève d’un genre ou d’un autre et la littérature dite générale est également un genre qui s’inscrit dans un ensemble de conventions esthétiques et narratives et explore un territoire émotionnel circonscrit. Exemples : la littérature d’horreur se situe hors du territoire des émotions liées au sentiment amoureux (en tout cas, ça n’est pas son terrain principal) et la littérature générale se situe hors du territoire des émotions liées à la peur et au dégoût physique (en tout cas, etc.).
Il existe une autre distinction possible, qui à mon avis fonctionne beaucoup mieux et présente en plus l’avantage de ne pas hiérarchiser.
Cette distinction range d’un côté les romans dont les personnages sont le moteur principal (c’est le cas des romans du Capizz’ et des miens, c’est ce qui est ressorti de nos réponses, et c’est pourquoi j’ai le sentiment que mes bouquins sont plus proches des siens que de certains autres qui sont pourtant rangés dans le même rayon que moi), et d’un autre les romans dont l’intrigue, la mécanique narrative, est le moteur principal. 
Cette différence change tout : dans le premier cas, le bouquin raconte ce qui arrive aux personnages mais il aurait pu, au fond, raconter autre chose, une autre histoire, ça c’est joué en fonction des réaction des protagonistes et de leurs interactions, et d’ailleurs il est possible que plusieurs versions parallèles existent dans les brouillons des autrices et des auteurs, potentiellement différentes du tout au tout ; alors que dans le second cas, la subtilité et la richesse des événements, leur construction, leur gradation, les effets produits sont réfléchis et organisés avec beaucoup de soin, tandis que les personnages qui en sont les vecteurs pourraient être interchangeables – et il n’est pas impossible qu’au gré, là aussi, des plans et des versions, le héros soit emmené à changer de nom, de tronche, de passé, de comportement pour mieux coller à ce que veut raconter l’autrice ou l’auteur.
Je laisse volontairement de côté les affreux génies qui savent faire les deux en même temps. Ceux-là, à la Libération, on s’occupera d’eux comme ils le méritent.
Des tuyaux, vers la place Gabrilovitch ; c'est cool, les tuyaux
23 novembre
Toujours bizarre, la notion de blocage, sur un texte. Depuis une semaine, la longue nouvelle sur laquelle je travaille (60 000 signes prévus) avance hyper lentement. 13 000 signes en quatre ou cinq jours, autant envie de m’y mettre que de me jeter par la fenêtre, ralentissement progressif jusqu’à ce matin : arrêt total du travail alors qu’hier soir les idées abondaient et je me frottais les mains.
Et boum ! Sous la douche, l’Illumination. Bon sang mais c’est bien sûr, eurêka, etc. : le problème, c’est que mon narrateur est naze. Ou plus exactement il ne m’intéresse pas, je n’ai pas envie de passer du temps avec lui. Le personnage principal d’une histoire (qu’il soit narrateur ou non), si tu n’as aucun désir de le connaître et de le côtoyer H24 pendant les quelques jours, semaines, mois ou années que tu vas consacrer à l’écriture de ton texte, ça ne va jamais marcher. Et là, c’est ça qui coinçait. Mais je ne m’en rendais pas compte. Ça m’a frappé sous la douche, quand je me posais pour la cinquantième fois en trois jours cette même question : mais pourquoi je bloque, bordel ?
Résultat, encore à poil et dégoulinant de flotte (c’est plus un journal, c’est carrément In bed with Mertvecgorod !), je me suis rué sur l’ordinateur et en trente minutes j’ai écrit autant de signes que durant les cinq jours précédents. Et en plus, ils sont meilleurs.
L'OVNI du parc en bas de chez moi - en vrai, je n'ai aucune idée de ce que peut être ce truc, que j'ai découvert par hasard au gré de mes promenades
24 novembre
Terminé Frankenstein, de Mary Shelley, il y a quelques jours. Difficile de juger un tel classique. Encore plus difficile de le lire en faisant abstraction de l’imagerie qui s’est créée autour. Le mythe élaboré par le cinéma a dépassé le bouquin ; et il le parasite. Mais il reste quand même un superbe récit et une très belle utilisation de la narration gigogne. À part ça, davantage un roman philosophique et romantique qu’un récit d’horreur. Quelques passages un peu long. D’autres franchement passionnants. Au bout du compte, un objet qui présente fort peu de rapports avec les innombrables films qui en ont été tirés, et avec les images qu’on a dans le crâne.
Après Frankenstein, décidé de m’attaquer à un monument du roman policier, une sorte de longue promenade, de grosse randonnée que j’avais envie de m’offrir depuis longtemps : la cinquantaine de volumes, écrits sur une cinquantaine d’années (entre 1956 et 2005, jusqu’à la mort de l’auteur), du 87ème district, d’Ed McBain. Premier volume avalé en un jour et demi : je tombe aussitôt sous le charme, conquis par la fluidité de la langue et la maîtrise parfaite de la narration, par la simplicité de l’intrigue qui passe totalement au second plan : l’important, ce sont les vies des personnages et leurs interactions. Si l’auteur nous raconte une scène de planque dans une bagnoles, il consacre huit pages à une conversation banale entre les deux flics et trois pages à l’action policière proprement dite. Pour moi, la proportion parfaite. Je vais me régaler. Et si je m’en tape un tous les deux jours, me voilà au chaud jusqu’au printemps !
À part ça, je continue d’avancer à bonne allure sur mon texte. Je devrais terminer le premier jet d’un jour à l’autre. Et j’espère que les corrections & relectures ne s’avéreront pas trop laborieuses. Mais pour la première fois depuis un bon moment, je me suis jeté sur mon ordi dès le réveil, pour balancer quelques phrases, une petite heure, comme ça hop, hop, hop, avant même la douche, au lieu de faire comme tous les jours, c’est-à-dire rester sous les couvertures et bouquiner jusqu’à ce que l’envie de café me tire hors du lit.
Des bâtiments abandonnés et en ruine, dans un terrain vague du côté de l'aéroport
25 novembre
Contrairement à ce que je prétends, je suis très attaché aux critiques de mes bouquins. Celles qui m’ont le plus touché, je les relis quand j’ai un coup de mou. Pas seulement pour me remonter le moral ou me gratter le narcissisme. Il existe une autre raison, que j’ai comprise récemment. C’est tout bête : j’écris ce que j’écris et pas autre chose parce qu’une nécessité – que je ne m’explique pas bien mais dont je constate la réalité, le poids – me pousse à le faire. Et ces textes, dont l’existence m’est donc indispensable, chaque fois qu’ils rencontrent des lectrices et des lecteurs pour qui ils ont de l’importance, je me sens moins seul. On pourra juger ça bêtassou, mais d’une façon ou d’une autre, nous sommes unis par ce sentiment-là et c’est pas mal – moi, en tout cas, ça me fait du bien de le savoir.
Une autre vue du même endroit
28 novembre
C’est une évidence : certains livres se lisent vite, d’autre se lisent lentement, certains s’avalent en une après-midi, trois cents pages cul-sec, d’autres réclament un mois d’efforts, un demi-chapitre à la fois et il faut qu’il infuse, qu’il repose.
Ça, tout le monde le sait, bien sûr, mais c’est un truc que les lecteurs de manuscrits ont tendance parfois à oublier. Moi, quand je dois m’avaler dans la journée un manuscrit de 200 feuillets (qui donnera à l’arrivée un bouquin de 450 ou 500 pages) parce que le lendemain j’en cause avec l’auteur ou le reste de l’équipe, si vers 19 heures je cale à la page 150 et que j’en ai plein le cul, il faut impérativement que je me demande si c’est le texte qui se ramollit ou si c’est moi qui overdose. Il faut non seulement que je juge le texte pour lui-même, pour ce qu’il est, mais aussi il faut que je me mette à la place du lecteur à qui il est destiné, et qui, lui, va consacrer une semaine, dix jours à le lire, en respirant entre-temps, en se reposant. Si j’avais reçu Crime et Châtiment assorti de la mention « Urgent – note de lecture pour après-demain », est-ce que j’aurais identifié le chef-d’œuvre ? Peut-être que je me serais dit putain, quand même, c’est longuet, en plus on sait d’emblée qui est le coupable, franchement si c’est pour refaire Colombo c’est pas la peine.
Une affiche vue sur le prospekt 14
29 novembre
Ma résidence à la Laune touche bientôt à sa fin, ça veut dire que bientôt je vais rentrer chez moi et retrouver la machine à espresso qui fait ma joie, mon bonheur, ma fierté, qui transforme mes petits déjeuners en illuminations permanentes, les visions de Hildegarde von Bingen, à côté, ça vaut pas plus que les éléphants rose du premier poivrot venu.
Mais dans toutes les résidences d’écriture où j’ai séjourné, à chaque fois il y avait une infernale cafetière filtre, le genre qui prend quinze minutes à faire couler son jus noirâtre, en produisant des bruits infernaux. Outre que ça donne un bon avant-goût de ce que sera ma prostate dans quinze ans, désormais, j’associe les cafés-filtre aux résidences d’écriture et j’adore ça, c’est ma petite madeleine entartrée à moi.
Un petit coup de nostalgie : la vue que j'avais depuis mon hôtel, quand je suis arrivé à Mertvecgorod, il y a sept ans
30 novembre
Je crois que j’ai trouvé le générique de fin idéal pour Mertvecgorod – the movie (Luc Besson, si tu m’entends…) : un groupe polonais qui s’appelle Job Karma, qui a fait un album intitulé Tschernobyl, dans lequel on trouve un morceau intitulé « Zona » ! Presque un carton plein !
Sous le pont d'une des bretelles de sortie de l'autoroute numéro 8, au sud de la Zona, vers le barrage
5 décembre
Découvrir Une vie de saint dans la liste de Noël du Kamarade Gromovar, ça fait bigrement plaisir.
Mettre Non Conforme numéro 2 en ligne, ça fait aussi bigrement plaisir. PDF à télécharger ou Calaméo à lire en ligne.
Recevoir la prémaquette du petit livret réalisé par la médiathèque de Chaumont avec les textes écrits par les détenus de la maison d’arrêt dans le cadre de l’atelier d’écriture que j’ai animé là-bas, ça fait encore bigrement plaisir.
Recevoir les premières réponses à la question posée aux auteurs pour le numéro 3 de Non Conforme, ça fait toujours bigrement plaisir.
Il semblerait que le 5 décembre soit une chouette journée.
Pour changer, un photo de La Laune et pas de Mertvecgorod. Ici, la vue depuis ma fenêtre, au petit matin
6 décembre
J’ai terminé de lire le dernier manuscrit de Thomas Gunzig – je ne connais pas la date de parution et je ne peux pas le résumer, mais il m’a fait très, très forte impression. Il y a beaucoup de livres que j’adore, au Diable : Tourville d'Alex Jestaire, La Voie humide de Coralie Trinh Thi, les romans d’Irvine Welsh, ceux de John King, ceux de Christophe Carpentier, ceux de Morgane Caussarieu, ceux de Charlotte Bourlard, ceux de Justine Niogret, et j’en passe, et William Gibson, et n’en jetez plus.
Là, je crois que c’est autre chose.
Le Diable a publié un grand nombre de chefs-d’œuvre mais ce livre se situe un cran au-dessus. Possible qu’il s’agisse du bouquin pour lequel on se souviendra de cette maison dans vingt ou trente ans. De même qu’on peut dire que Gallimard est l’éditeur d’À la recherche du temps perdu, on dira qu’Au diable vauvert est l’éditeur de Spectres, ce roman qui a profondément marqué la première moitié du vingt et unième siècle. Je ne suis pas en pleine crise d’enthousiasme délirant, je le pense vraiment. Et c’est d’autant plus bizarre que Thomas est un copain – mais le livre plane tellement au-dessus de la mêlée et même de son propre auteur que c’est comme s’il existait par lui-même. J’ai beau faire, je n’établis aucun lien entre ces pages et ce type, pas le moindre. Ça se situe au-delà de l’admiration c'est de la magie.
Souvenir d'une autre résidence : le cimetière des codes-barres, dans les bois qui entourent la Villa Marguerite Yourcenar
7 décembre
Fin de résidence à la Laune – je rentre à Mertvecgorod après-demain – et je me sens épuisé. Bon, cet épuisement ne paraît pas si délirant que ça, si on considère le boulot que j’ai abattu cette année. Allez, il est temps d’effectuer un petit bilan, pour la gloriole !
En tant qu’éditeur, j’ai travaillé sur huit manuscrits : J’aime ta femme, de Gérard Defoy, Asphalte chaud, d’Ana Servo, Retour aux sources, de Jules Fontaine, L’Homme-chien, de Christophe Bier, Agathe, de Jérémy Bouquin, Les Filles du supermarché, d’Alain Barriol, La Chatte qui fume, de Gil Debrisac et Animale, de Claire Von Corda, tous parus ou à paraître aux « Nouveaux Interdits » ou aux « Aphrodisiaques » – à l’exception d’Animale, qui sortira dans la collection grand format de La Musardine, tout ça pour un total de, mazette, 1,9 millions de signes.
En tant que lecteur professionnel (comité de lecture, etc.), j’ai lu une grosse vingtaine de manuscrits de romans, plus 178 nouvelles participant à la deuxième édition du Prix Jacques Sadoul.
En tant qu’éditeur amateur, j’ai travaillé sur une douzaine de textes destinés à être publiés dans mon nouveau webzine Non Conforme, dont deux numéros seront déjà parus, le troisième en début d’année prochaine.
En tant que brave croisé de la littérature, j’ai préparé et animé un atelier d’écriture de six jours à la maison d’arrêt de Chaumont.
En tant qu’auteur de commande, j’ai pondu trois manuscrits pour un total d’environ 1,2 millions de signes.
En tant que rédacteur de trucs et de machins, j’ai écrit une quinzaine d’articles sur le blog de La Musardine, une demi-douzaine de Lettres S. (ce sont les préfaces qui ouvrent chaque nouvelle parution aux « Nouveaux Interdits ») et onze newsletters en comptant celle-ci.
Enfin, en tant que Grand Scribe de Mertvecgorod, j’ai finalisé Une vie de saint, qui est sorti en février de cette année et nous a demandé quand même pas mal de travail, figurez-vous ; j’ai mis la dernière touche à deux manuscrits largement commencé en 2024, Mort à la vie et Les Plus belles femmes du monde, dont la parution n’est pas prévue dans l’immédiat ; j’ai travaillé comme inspecteur des travaux finis à un projet encore top secret (mais qui devrait voir le jour en 2027) ; j’ai écrit trois textes courts de longueurs variables, à paraître dans le courant de l’année prochaine ; mais mon gros chantier a surtout été Le Messager, un thriller / roman noir complexe et de belle taille, avec un très gros travail sur la langue, qui reprend les personnages de Valentina quinze ans après et que j’ai bon espoir de terminer avant la fin de l’année.
Bon, on peut dire que j’ai mérité de me rouler les pouces pendant quelques jours, quoi. Et cette jachère fera également plaisir à un certain nombre d’arbres.
Un autre souvenir de la Villa Marguerite Yourcenar : la splendide araignée qui avait tissé sa toile sur ma fenêtre
8 décembre
Hier, c’était le lancement du Prix Jacques Sadoul. Je suis très content que le genre choisi cette année soit l’horreur, et la phrase thématique me fait beaucoup rire : « Y a quelqu’un qu’est mort. J’espère que ce n’est pas moi. »
Je remets ici l’annonce officielle, tant que nous y sommes, et vous invite évidemment à participer !

Jacques Sadoul, auteur, éditeur et anthologiste, a fortement contribué à l’émergence d’une contre-culture en France. Il a été l’un des premiers à publier des littératures de genre à destination d’un large public, via les collections mythiques qu’il a créées pour les éditions J’ai lu, dont il a assuré la direction éditoriale pendant trois décennies.
Le Prix Jacques Sadoul est un concours de nouvelles qui récompense chaque année le meilleur texte de « mauvais genre », jugé en fonction de sa qualité d’écriture, de l’imagination dont fait preuve son autrice ou son auteur, de son originalité et de son respect, ou de son irrespect assumé et conscient, des codes propres au genre choisi. Nous avons déterminé cinq grands genres : science-fiction ; policier ; érotisme et romance ; fantasy et alchimie ; fantastique et ésotérisme. Chaque année, nous en mettons un à l’honneur, dans lequel doivent s’inscrire les autrices et auteurs qui participent au concours.
POUR NOTRE TROISIÈME ÉDITION,
LE GENRE CHOISI EST L’HORREUR
Afin de donner un peu de fil à retordre aux participantes et au participants et d’orienter leur imagination et leur mauvais esprit, nous leur proposons chaque année une phrase tirée de Je suis tout ouïe d’un œil distrait, recueil des meilleures punchlines de Jacques Sadoul, compilées par ses collaborateurs.
CETTE ANNÉE, LA PHRASE CHOISIE EST :
« Y A QUELQU’UN QU’EST MORT.
J’ESPÈRE QUE CE N’EST PAS MOI. »
Cette phrase servira de guide pour l’élaboration du texte, mais ne devra pas nécessairement figurer dans le texte lui-même.
Les nouvelles devront compter 25 000 signes au maximum. La date limite de réception des textes est fixée au 31 mai 2026. Afin de préserver la santé mentale du comité de sélection, seuls les 250 premiers textes reçus seront pris en compte.
Le lauréat ou la lauréate du Prix Jacques Sadoul recevra un chèque de 2 000 €
Il ou elle disposera également d’un séjour de trois semaines à la résidence d’écriture des Avocats du Diable, située à La Laune, à Vauvert, en petite Camargue. Il ou elle gagnera enfin, à sa grande joie, un dessin original réalisé par Eddie Pons. Ce dessin sera en lien avec la phrase de Jacques Sadoul choisie comme contexte.
Un recueil composé de la nouvelle lauréate et des meilleures nouvelles reçues par le jury sera publié par les éditions Au diable vauvert, partenaire du Prix Jacques Sadoul.
Conditions de participation :
Le concours est ouvert à toute personne ayant déjà publié de la fiction, au sens le plus large donné à ces termes.
Pour participer au Prix Jacques Sadoul, les auteurs et les autrices doivent envoyer leur nouvelle (au format Word ou OpenOffice) et leur dossier d’inscription le 31 mai 2025 au plus tard à l’adresse suivante :
prixjacquessadoul@lesavocatsdudiable.com.
Le dossier d’inscription comportera les éléments suivants :
En pièce jointe : une brève biographie bibliographie en pièce jointe ;
Dans le corps du mail : votre nom réel ; votre pseudonyme si nécessaire ; votre adresse postale numéro de téléphone ; votre adresse mail.
Quelques mots à propos du jury, car nous avons réuni une sacrée équipe et nous en sommes bigrement fiers !
Barbara Sadoul, présidente du jury : Comédienne, écrivaine, professeure de théâtre, spécialiste de la littérature fantastique, anthologiste.
Philippe Beranger : Comédien, metteur en scène, professeur de théâtre, secrétaire de l’association Les Avocats du Diable.
Morgane Caussarieu : Écrivaine, spécialiste des vampires, prix Bob Morane 2015, prix Masterton 2022.
Jean-Pierre Dionnet : Éditeur, scénariste, journaliste, producteur, co-fondateur du magazine Métal hurlant et de l’émission de télévision Les Enfants du rock.
Marion Mazauric : Éditrice, padawan de Jacques Sadoul aux éditions J’ai lu de 1987 à 1998, fondatrice des éditions Au diable vauvert.
Quentin Monstier : N’a pas eu la chance d’être formé par Jacques et Marion mais se délecte de travailler pour la maison qui leur doit tant. Éditeur pour J’ai lu Imaginaire.
Nicolas Rey : Écrivain, chroniqueur, scénariste, prix de Flore 2000, César du meilleur court-métrage 2015.
Jean-Luc Rivera : Spécialiste de la littérature populaire, anthologiste, fondateur du festival de SF et de fantasy de Sèvres, chroniqueur à l’émission Mauvais genres.
Christophe Siébert : Écrivain, éditeur, prix Sade 2019.
Jérôme Vincent : Éditeur, fondateur des éditions ActuSF.
Joëlle Wintrebert : Écrivaine, anthologiste, présidente du Grand Prix de l’imaginaire, prix Rosny Aîné 1980, 1988, 2003, grand prix de la science-fiction française et prix extraordinaire des Utopiales 2021. Publiée par Jacques Sadoul, elle a dirigé l’anthologie annuelle de nouvelles Univers aux éditions J’ai lu.
Quelques liens :
Pour toute question, vous pouvez nous contacter par mail à cette adresse :
prixjacquessadoul@lesavocatsdudiable.com

Pendant que je m’occupais du lancement du prix (les divers mailings et la promo sur les réseaux sociaux), il s’est produit un de ces événements surnaturels – ou, à tout le moins, bizarroïdes – dont La Laune a le secret : un insecte vrombissant et fou a surgi du néant (je veux dire, littéralement : la porte et les fenêtres sont fermées, les moustiquaires tirées, un insecte de cette taille n’a aucun moyen d’entrer) et a rebondi pendant deux ou trois minutes contre le plafond, autour des spots lumineux, comme un gros débile, avant de s’effondrer, mort, derrière l’étagère sur laquelle je range les pâtes, le riz et le gros sel. Fin de l’histoire. N’importe quoi.
Nostalgie de Mertvecgorod... Une vue de l'autoroute numéro 6, prise depuis le viaduc du périphérique intérieur
9 décembre
Depuis une quinzaine de jours, je suis plongé avec délices dans la saga du 87ème district, d’Ed McBain, au rythme d’un volume tous les deux jours en moyenne. Chaque volume raconte une enquête menée par les policiers du 87ème district de la ville d’Isola (calque fictif de New York), en mettant l’accent sur le détail des procédures policières et sur la vie quotidienne des flics, leurs amitiés, leurs amours, etc. On est entre le soap-opera et le procedural, c’est simple, c’est agréable, c’est plein d’humanité, c’est de l’excellente distraction. Et quel plaisir de retrouver jour après jour cette bande de type, et de les voir évoluer – et sans doute vieillir, prendre leur retraite et mourir, mais je n’en suis pas encore là.
Petite interruption hier pour lire L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de mister Hyde, de Stevenson, dans le cadre des recherches & réflexions relatives à mon prochain roman. Pour le relire, plus exactement, puisque je l’avais découvert quand j’avais 13 ou 14 ans. Petit bonheur de structure et de composition, traduction impeccable de Théo Varlet, j’ai adoré.
À venir, le dernier roman d’Olivier Norek. Jamais lu ce type mais une amie qui vient de le découvrir a attisé ma curiosité en m’expliquant que le bouquin était vraiment trop droitard pour elle. Demain, j’ai quelques heures à passer dans un aéroport, en transit entre la France et Mertvecgorod, ce sera la bonne occasion de me plonger dans la prose de cet ancien flic devenu fabriquant de best-sellers.
Également dans les choses que je dois relire bientôt : Les Évaporés du Japon, de Léna Mauger et Stéphane Remael, paru aux Arènes en 2014 et qui m’avait fait forte impression à l’époque ; ainsi que Dans la tête des tueurs de masse, recueil (paru en 2017 chez Inculte) des « famous last words » d’une poignée de criminels allant de Richard Durn aux deux cinglés responsables de la tuerie de Colombine, celui-là aussi, quand je l’avais lu, il m’avait beaucoup troublé.

La Laune, en couleur pour profiter de l'incroyable lumière du crépuscule. Au rez-de-chaussée, les bureaux d'Au diable vauvert ; à l'étage, les deux studios. Cette année, mes voisins ont été mes copains Nicolas Rey et Nicolas Martin, bonne pioche !
10 décembre
Longue et passionnante discussion au sujet du cinéma, avec une personne qui m’est chère, au cours de laquelle j’ai proposé une synthèse qui me paraît assez juste de ma cinéphilie : « Je ne doute pas un instant du génie de Šarūnas Bartas ou de Béla Tarr, mais au bout de dix minutes, j’ai quand même envie de voir De Niro ou Harvey Keitel sortir un flingue et dire douze fois "fuck" dans la même phrase. » À part ça, j’ai aussi hasardé l’hypothèse qu’Angelopoulos est au cinéma contemplatif ce que Richard Clayderman est à Mozart, bref, s’il se trouve parmi les lecteurs de ce journal/newsletter des directeurs de revue de cinéma, prenez contact : j’ai des choses à dire.
À 23 heures, heure locale : enfin de retour chez moi ! Impression de revenir au pays natal après un long exil. Le smog, l’odeur de la pollution, les lumières troubles, la circulation incessante, les drones, le froid piquant ; j’en pleurerais de bonheur.
Une vue depuis l'aéroport
11 décembre
Première matinée à Mertvecgorod : petit déjeuner constitué de café fraîchement moulu, de pain grillé, de miel fabriqué par le camarade Capizzano, tout ça en lisant Les Élégies de Duino, de Rilke, offert par une personne qui m’est chère – à se demander si je suis à Mertvecgorod en 2025 ou à Vienne en 1912.
Au cours de mon escale, le cimetière des bouteilles en plastique avant les contrôles de sécurité
12 décembre
Je commence un truc que j’avais envie de faire depuis longtemps, une sorte de « journal de bord » ou de making-of, plus ou moins rédigé en direct, du manuscrit auquel je viens de commencer à réfléchir. On verra, quand le machin sera terminé, si je rends public ce journal de bord – en fonction de son intérêt, possiblement très faible, voire nul.
Pour l’instant, au sujet de ce futur roman, je ne sais rien, à part le titre – ou plus exactement, deux titres en concurrence. Et je prends des notes, des notes, des notes, sans hiérarchie, sans réflexion, sans chercher de lien entre elles. Dès qu’il me vient une idée (de décor, de situation, de personnage, de dialogue, de truc bizarre), je la note. À l’heure actuelle j’en ai quatre pages, d’ici quelques semaines il y en aura douze, ou vingt, et d’ici quelques mois – quand j’aurai terminé les chantiers en cours – je commencerai à trier. Ce sera un peu comme un puzzle que j’essaierai de résoudre au fur et à mesure qu’une machine au fonctionnement aléatoire me jette des pièces à la gueule, sans savoir si ces pièces proviennent de la même boîte ni s’il existe un modèle auquel se référer.
Le rajon 8 plongé dans la brume
13 décembre
Terminé Territoires, d’Olivier Norek. Le sujet était cool : La drogue, les quartiers sensibles, la collusion entre les trafiquants et les politiques, vue à petite échelle : comment la maire d’un bled du 93 utilise les caïds locaux pour acheter la paix sociale (et sa victoire aux élections), et comment les uns et les autres s’entre-corrompent et s’entre-manipulent. À chaque page, je rêvais qu’un écrivain du calibre de Thierry Jonquet ou de Jérôme Leroy ait écrit ce machin. Narrativement, c’est pauvre mais relativement solide. Pour le reste, c’est de la merde. Les personnages, particulièrement, sont désespérants. Ils se classent en quatre catégories : ceux qui se résument à un prénom et ne sont là que pour faire avancer l’intrigue ; les méchants, qui sont abominablement méchants et ignobles ; les gentils, qui sont intègres, loyaux, intelligents, beaux et flics ; et les meufs, qui sont soit des salopes, soit des connes, soit les deux à la fois (même si elles sont flics – chez Norek, les flics sont des héros uniquement s’ils pissent debout, sinon ce sont des connasses carriéristes et stupides). Bref, un roman qui sent bon la couille fraîche. Allez, retour au 87ème district !
Le marché de Noël de la place de la Victoire du Peuple
14 décembre
Toujours aussi bon, Ed McBain. Jusqu’à présent, le dixième tome de sa série, Rançon sur un thème mineur, est mon préféré. Sur une histoire déjà éculée à son époque d’enlèvement d’enfant, il introduit dans la narration une variation en apparence simple – l’enfant n’est pas le bon : au lieu de kidnapper le fils du magnat des affaires, les criminels se sont emparés du fils d’un de ses employés – qui lui permet de transformer ce simple fait divers en piège éthique ; et ce piège se referme sur chaque personnage et le broie, et il pose aux lecteurs des questions foutrement inconfortables. Tout ça, comme toujours, en 180 pages et des dialogues qui fusent.
Quant au suivant, La Main dans le sac, il me réserve un petit choc puisqu’au détour du chapitre 8 je tombe sur une parfaite définition de la théorie du spectacle élaborée par Debord.
Ce qui rend fascinant ce passage clairement debordien, en dehors de sa force poétique, c’est qu’il a été écrit en 1960 – sept ans avant la publication de La Société du spectacle, donc. Et tant qu’à faire, la VF ayant paru une première fois en 1960 et une deuxième en 1971, j’ai vérifié à la source : dans le roman original, ces paragraphes sont présents mot pour mot.
15 décembre
Depuis mon retour, c’est toujours la brume épaisse à Mertvecgorod et c’est magnifique ! Pas le smog inquiétant habituel, gris-marron, qui te donne l’impression de vomir à l’envers quand tu aspires une grande goulée d’air ; non, la brume blanche et opaque tout droit sortie d’un film de la Hammer, celle d’où surgissent les monstres, à travers laquelle n’importe quelle lumière, que ce soit une enseigne, la fenêtre d’un immeuble ou les feux de signalisation d’un drone qui cherche son chemin, devient poétique. Quel pied !
(Pif, paf, à 16 heures 49 envoi de mon texte au sinistre individu qui veut le publier, crac, boum, à 22 heures 24 retour de lecture très positif de ce dernier, chlic, chlac, quelques bières pour fêter ça, tralala – ah, oui : le truc s’appelle Karnaval et c’est Yves Jaumain, du FIRN, qui me l’a commandé, ça mérite deux ou trois bibines de plus.)
Encore de la brume, cette fois du côté de la basilique la plus connue de la ville, dans le rajon 1, à quelques centaines de mètres de l'ancienne faculté de médecine
17 décembre
Sur Instagram, une série de critiques d’Images de la fin du monde, Feminicid, Valentina, Une vie de saint et Volna qui m’ont beaucoup touché, écrites par un mec qui m’a découvert suite à mon passage à Mauvais Genres, c’est quand même assez classe, je trouve !
Il y a quelques jours, la page Facebook The Sheltering Chaos, où opèrent des gens qui aiment bien mes trucs, a mis en ligne un extrait d’interview que voici :
« En revanche, ces histoires de politiquement correct et de censure me passent un peu au-dessus du cigare, je crois. Je veux dire, si le politiquement correct consiste à ne plus dire « Va te faire enculer, sale nègre », parce qu’avant d’être une insulte, ce sont des termes homophobes et racistes, je suis vachement favorable au politiquement correct – pareil si ça pousse les auteurs à se creuser le citron pour peupler leurs bouquins de personnages féminins avec moins de nichons et plus de personnalité.
Ensuite, de la censure, je n’en ai jamais vu, et pourtant, avec ce que j’écris et ce que je publie en tant qu’éditeur à La Musardine, je devrais être le premier au courant. Il ne faut pas mélanger la censure, qui est l’arme utilisée par les puissants afin d’empêcher d’exister des œuvres, et les appels au boycott formulés par des minorités militantes. Quand les féministes créent un scandale (à juste titre à mon avis) parce qu’un type comme Polanski reçoit le César de la meilleure réalisation, il n’est pas censuré. Son film continue d’exister et les millions de son compte en banque ne sont pas saisis. Quand une bande de militantes vénères fait irruption à la librairie Mollat à Bordeaux pour foutre le bordel (à juste titre à mon avis) à une séance de dédicace de Beigbeder, le livre n’est pas retiré de la vente, l’auteur n’est pas jeté en prison, il ne se passe rien. Le pauvre bichon crie à la censure, mais tout ce qui lui est arrivé, c'est que des sales pauvres lui ont gâché la soirée, c’est tout.
Ce que beaucoup de gens appellent la censure ou le retour du politiquement correct, ça décrit en fait simplement ce moment où ceux qui sont habitués à tenir le crachoir et à parler, parler, parler sans jamais être interrompus se font chasser de la tribune par une clique de va-nu-pieds qui estiment qu’ils ont suffisamment écouté comme ça et que c’est leur tour de parler, et si t’es pas d’accord, tiens, voilà deux claques – je trouve ce début de renversement des hiérarchies plutôt réjouissant. Il durera ce qu’il durera. »
Ce qui est foufou, c’est que cet extrait a suscité une petite avalanche de réaction, plus de 300 likes, 77 partages, quelques dizaines de commentaires, jusqu’à la grande Coralie Trinh Thi (et en matière de censure il me semble qu’elle possède deux ou trois notions) qui me dit, tandis que je manifeste ma surprise face à tout ça : « C’est normal, ça fait du bien d’entendre ça. » Bon ben d’accord, alors, et tant mieux, ça me fait plaisir !
Évidemment, sur la question de la censure, il faut nuancer. Elle existe, sauf qu’elle n’est pas le fait des méchantes féminazies. Elle existe, sauf que ce ne sont plus des flics qui l’exercent. Elle existe parce que les crypto-fascistes (et pas si crypto que ça, au bout du compte) qui possèdent les maisons d’édition ET les réseaux de diffusion ET les médias décident de ce qui se promeut ou pas.
D’autre part, un truc déconcertant – et assez drôle – quand le débat en vient à se demander si les militantes ont eu raison de gâcher les soirées de Polanski, Vivès, Beigbeder et quelques autres (réponse : OUI), ce sont les arguments des mecs terrorisés par la menace woke, qui sous-entendent que Polanski et consort ne sont que les premiers, que ça va tous nous arriver, qu’une fois lancée, les féministes ne seront rassasiées que lorsque la dernière paire de couilles aura été découpée au sécateur, que nul artiste mâle désormais n’est à l’abri de la censure.
Mais calme-toi, chouchou, même si tu es un débile réactionnaire et macho, c’est pas avec ton thriller masculiniste autoédité sur Amazon et vendu à quatorze exemplaires que tu vas faire la tournée des FNAC. Tu peux te rendormir tranquille, les méchantes féminazies ne savent même pas que tu existes et normalement ça ne devrait pas changer de sitôt, malgré les courageux brûlots que tu postes sur ton compte Facebook à onze abonnés.

Une vue depuis le métro aérien, y avait longtemps ! Ici, à un ou deux kilomètres du bidonville « « Moscou »
20 décembre
Un truc qui frappe souvent mes amis, quand j’en viens à citer quelques chiffres à propos des prisons, c’est la répartition hommes/femmes. 96 % des personnes incarcérées sont des hommes. C’est marrant parce qu’au fond de nous on le sait tous, mais on n’arrive pas à le conceptualiser facilement. Là, quand même, ce constat devrait nous aiguiller. 96 % des personnes en taule sont des mecs.
Les délinquants et les criminels ne sont pas les pauvres, ne sont pas les étrangers, ne sont pas les jeunes.
Ce sont les mecs.
Il va bien falloir finir par l’admettre : plus de neuf fois sur dix, le problème, ce sont les sales cons, pas les sales connes.
Je ne sais plus trop où c'était, peut-être au sud de la Zona, là où les rajon 11 et 12 se rejoignent ?
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